Frères et sœurs,
Bienvenue à notre célébration de ce jour. Nous célébrons aujourd'hui le jubilé de 200 ans de présence trappiste sur le Mont des Cats avec des membres des familles des frères. Il y a aussi des membres de la famille, des enfants de frère Bernard, décédé en 1990, ainsi que le frère de frère Louis-Marie, décédé en décembre 2024. Enfin, il y a aussi des amis proches de certains frères. C’est avec vous que nous célébrons ce matin l’eucharistie de fête, puis nous passerons la journée en communauté.
Pour la messe de ce matin, nous avons gardé les lectures du Jour, et la mémoire de la Vierge. Chez les Trappistes, en effet, le samedi nous honorons spécialement la Vierge Marie. Elle trône habituellement en bonne place dans nos églises, et le nom des abbayes est généralement lié à Elle. Sainte Marie du Mont en ce qui nous concerne.
Au début de cette eucharistie, demandons à Dieu pardon de ne pas toujours répondre à ses appels, de tant de fois mettre notre volonté propre avant Sa volonté.
Lectures du Jour : 2 Chr 24,17-25 ; Mt 6,24-34.
Cherchez le royaume de Dieu et sa justice …
La Bible est pleine d’histoire d’assassinats, et ce dès les premières pages du Livre de la Genèse. Ces violences font partie du chemin des hommes, et malgré cela, Dieu essaye de faire avancer son Plan sur le monde. Du mal peut sortir le bien. Nous le voyons bien, malgré toute la violence que l’Histoire Sainte nous rapporte : Dieu nous a quand donné son Fils Unique, né de la Vierge Marie.
De même, dans l’histoire de notre abbaye, les crises n’ont pas manqué. Dès les premières décennies, il y eut en communauté une grave crise d’autorité. Le père économe demanda la tutelle de l’évêque du diocèse contre l’abbé fondateur. Cela provoqua de graves désaccords en communauté et quelques frères sont partis et ont fondé l’abbaye de Saint Sixte (West-Vleteren en Belgique). À la fin de la première guerre mondiale, l’abbaye a été bombardée et était pour moitié détruite. L’abbé de l’époque en est mort, mais son successeur a reconstruit. Ce sont les bâtiments dans lesquels nous vivons. Du mal peut sortir le bien, lorsqu’on met sa confiance en Dieu. Malgré ces aléas l’abbaye est toujours debout.
Dans l’Évangile de ce matin, Jésus nous fortement met en garde de ne pas nous tromper de maître :
Nul ne peut servir deux maîtres :
Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent.
Cette parole est vraie pour tous les chrétiens, mais particulièrement pour nous moines. Vivre dans une abbaye nécessite des finances suffisantes, tant pour la construction, les reconstructions pendant les deux siècles de notre présence sur le Mont des Cats, mais également pour notre vie quotidienne. Le but de la vie monastique n’est pas de gagner toujours davantage d’argent, mais de simplement subvenir à nos besoins. Dans la mesure où nous mettons Dieu à la première place, Lui ne nous laisse pas tomber.
Votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
Nous a dit Jésus. Et Il ajoutait :
Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice,
et tout cela vous sera donné par surcroît.
L’abbaye, au bout de deux siècles d’existence, a passé par des hauts et des bas. Des périodes de gloire et des périodes plus sombres. Dans les années 1980 nous avons pu donner des abbés à plusieurs communautés en difficultés. Aujourd'hui nous sommes plus pauvres, plus modestes disons, et nous sommes heureux d’être toujours présents sur le Mont des Cats en ce deux-centième anniversaire.
La vie monastique est fondée sur trois piliers : la prière, le travail, la vie fraternelle. La prière, elle, est fondée également sur trois piliers : l’office choral, c'est-à-dire le chant des offices tout au long de la journée, la prière personnelle, et la lecture spirituelle ou lectio divina. Le travail, lui, n’a que deux piliers : la partie assurée par les frères, et l’autre partie assurée par nos employés. Et la vie fraternelle, elle, n’a qu’un seul pilier : vivre tout au long de l’année, jour après jour, en bonne harmonie avec les frères que Dieu nous a donnés.
Si nous cherchons vraiment le Royaume de Dieu et sa justice, Dieu nous viendra en aide. Nous ne pouvons pas le mesurer, mais le fait que tant et tant de personnes comptent sur nous, sur notre prière, est pour nous un encouragement. Notre « rayonnement », depuis le sommet de notre petite montagne, n’est pas de notre fait, mais est un don de Dieu. Rendons grâces et avançons sur notre route pour les années qui viennent. Demandons à la Vierge Marie de nous prendre sous son ombre et d’intercéder auprès de Jésus son Fils et auprès du Père, pour notre communauté, pour notre diocèse, pour l’Église et pour le monde.
Père Bernard-Marie
