Homélie·02 novembre 2026·4 vues

Funérailles de Père Daniel Curely

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(Lectures de la Messe : Dn 12,1-3 ; Jn 11,17-27)


Père Daniel était toujours très discret quant à sa vie monastique, à sa vie de prière.  Dès le début de sa vie monastique, il a été un grand liseur, en particulier de la spiritualité monastique, des Pères du Désert jusqu’aux Pères de notre tradition cistercienne.  Dès la présentation de frère Daniel en vue de sa profession temporaire, Dom Achille notait : Piété vraie, toute centrée sur Notre Seigneur.  Amour de la lectio divina avec grand intérêt pour les Pères du monachisme.  À la fin de sa vie, on peut affirmer qu’il n’a pas changé de cap…  

Il a toujours été un grand lecteur et, le temps qu’il fut bibliothécaire, il choisissait judicieusement les livres qu’il estimait nécessaire dans la bibliothèque monastique.  La lectio divina, pour Père Daniel, était sa manière de s’approcher au plus près de Jésus, et de pouvoir dire, comme Marthe dans l’évangile que nous venons d’entendre :  

Oui, Seigneur, je le crois : 
tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde.

Cette vérité, il nous l’exprimait dans ses homélies, qui étaient souvent très poétiques, pavées de citations.  Il se référait souvent à nos Pères dans la vie monastique, qu’il appelait volontiers « Notre Père Bernard » ou « Notre Père Benoît ».  Il aimait également Marie-Noël et Charles Péguy, mais il pouvait tout aussi bien utiliser des auteurs moins connus qui l’avaient marqué lorsqu’il les avait rencontrés dans sa lectio divina. 

Lors de sa dernière homélie, durant le temps pascal, il s’était surpassé.  À tel point qu’une personne me commentait ensuite : c’était son chant du cygne.  De fait, la maladie l’avait déjà agrippé, et n’allait plus lui laisser de répit.  Nous y reviendrons plus loin.

De ses 67 ans de vie trappiste, il en a passé près de 30 hors de notre monastère, soit pour accomplir son service militaire, soit pour faire des études à Rome, soit surtout à Maromby 24 ans et quelques années aux Seychelles.  Le monastère de Maromby, tel qu’il est aujourd'hui lui doit beaucoup, puisqu’il a supervisé tous les agrandissements et aménagements, jusqu’à la construction de la salle des fêtes et de la bibliothèque. Étant un grand liseur (je me répète...), il était aussi rat de bibliothèque et a assuré pendant de longues années les commandes de livres qui pouvaient enrichir notre bibliothèque.  

En plus de ces qualités, n’oublions pas son sens de la beauté, la création artistique qu’il mit au service de Maromby dans quelques vitraux et dans les grilles de protection.  Il avait également l’œil exercé pour faire de très belles photos de sujets que nous croyions insignifiants.  Outre la bibliothèque, il a repris la charge d’archiviste après frère Aimable et a continué à gérer au mieux notre fonds.  À tel point que c’est grâce à lui que nous avons pu éditer le livre pour le bicentenaire de notre fondation.  Nous pouvons en dire autant de son attachement aux œuvres d’art que l’abbaye possède et qu’il a « sauvegardé » en insistant pour qu’elles soient conservées dans des conditions dignes de leur valeur artistique plus que financière. Et cela nous permis d’éditer le second livre « Lumières du Mont des Cats »

Revenons à sa dernière maladie.  
Dès le mois d’avril dernier, Père Daniel souffrait de fatigues répétées, au point qu’il demanda d’être déchargé de son service de réfectorier.  Lorsque quelques semaines plus tard des consultations et analyses se succédèrent rapidement, il comprit lui-même que son état était grave.  Lorsqu’enfin, après que les médecins eurent longtemps évité d’utiliser le mot « cancer », il me dit en rigolant que, cette fois, enfin, le mot est sorti de la bouche d’un d’entre eux.  Il avait compris lui-même, rapidement de quelle maladie il souffrait.  Il accepta les traitements, y compris la chimio.  Et, après la chimio, les soins palliatifs, il connaissait clairement l’issue.  Cela ne l’empêcha nullement de rester paisible et serein, ce que plusieurs invités à nos journées de jubilé affirmèrent après lui avoir rendu visite à l’infirmerie.  
Lorsque je partais pour La Fille-Dieu puis pour Maromby, j’allais le saluer, et il me disait « bon voyage et à bientôt ».  Je ne l’ai pas revu au retour de Madagascar, mais il a encore pu entendre les bonnes nouvelles que j’apportais de la communauté où il avait été supérieur pendant 24 ans.  

Rendons grâces pour sa vie, qui fut riche de responsabilités, de service de ses frères, aimable et avenant dans les relations fraternelles au quotidien.   
En cette Eucharistie, demandons au Seigneur de se souvenir de tout le bien que Père Daniel a fait dans sa vie, et qu’il soit accueilli dans a gloire du ciel, avec tous les Saints que nous célébrions hier.  

Père Bernard-Marie