Lectures de la Messe : Genèse 18,1-8 ; Matthieu 6,26-33.
Pour frère Louis-Marie les fleurs faisaient partie de sa vie, de sa vie spirituelle. Difficile pour lui d’imaginer vivre sans travaille dans son jardin, parfois malgré la douleur et la fatigue dues à la maladie. Horticulteur de formation avant de se faire moine, Frère Louis-Marie avait trouvé dans le jardin de l’hôtellerie un terrain de jeu idéal pour faire de ce jardin un lieu d’une richesse florale exceptionnelle. Il avait aussi, autour du cimetière, suffisamment de place pour cultiver les fleurs qui lui serviraient à fleurir l’église et la Vierge Marie.
Depuis la maladie de frère Paul dans la fin des années 2010 et son décès en 2023, Frère Louis-Marie était également le chantre de la communauté. Il était non seulement maître de chœur pour le chant des Offices, mais également responsable de la préparation des messes des dimanches et fêtes, et de l’enrichissement de notre répertoire communautaire. Il aimait également ce service, et ne rechignait pas à assurer le service de chantre à longueur d’années sans se faire remplacer. De temps en temps il se plaignait auprès de moi que cela lui faisait plusieurs responsabilités et qu’il était en quelque sorte toujours sur la brèche.
Enfin, n’oublions pas le service d’hôtelier qu’il a assuré, moyennant quelques interruptions plus ou moins longues, depuis les années 1995. La Règle de Saint Benoît insiste sur le fait que nous devons accueillir les hôtes comme le Christ, en se référant explicitement aux trois Visiteurs qu’accueillit Abraham selon le Livre de la Genèse. L’accueil des hôtes, les échanges avec eux, les témoignages à donner de notre vie, parfois l’accompagnement spirituel des uns et des autres, cela aussi l’occupait sérieusement. De par le fait qu’il a duré dans cette fonction à mi-chemin entre la communauté et les hôtes, entre la vie cloîtrée et la vie dans le monde, il entretenait des liens d’amitié avec beaucoup de monde. Et les hôtes le lui rendaient bien, parfois jusqu’à lui offrir des boutures de fleurs qu’il n’avait pas encore dans son jardin.
Ces trois domaines où frère Louis-Marie excellait, il se les avait appropriés, au point qu’il était souvent hasardeux de faire la moindre critique. Il le prenait très vite comme une critique contre sa personne, ce qui pouvait provoquer chez lui des accès de colère. Difficile alors de faire la différence entre les mots de colère et les remarques pertinentes qu’il pouvait nous asséner.
Depuis plus de quarante ans, frère Louis-Marie était surveillé médicalement à cause d’une myasthénie qui altérait les muscles des yeux. Cela ne l’a pas empêché de vivre sa vie monastique, jusques et y compris avec des séjours à Latroun en Israël et à Maromby dans notre fondation à Madagascar, et à Igny l’abbaye où avait mûri sa vocation dans son enfance. Ces dernières années son état a progressivement empiré et, surtout, il a commencé à avoir des problèmes cardiaques. Cela non plus ne l’a pas empêché de continuer à vivre normalement avec les services et les responsabilités qui lui étaient confiées en communauté.
Il aurait bien voulu aller célébrer les cent ans de sa maman à Epernay en septembre dernier, mais il dut être hospitalisé en urgence quelques jours avant ce voyage, qui fut annulé. La longévité de sa Maman n’a pas joué pour le fils et son départ aussi rapide en a surpris plus d’un, même parmi ses proches, même en communauté.
La vie de notre frère ne s’est pas terminée comme il l’escomptait. La fin fut même nettement plus rapide, brutale, que nous ne pouvions l’imaginer. Tout en étant très discret sur la conscience qu’il avait de l’échéance, il passa quand même par une période d’angoisses très fortes, avant de retrouver dans les derniers jours, une relative paix. Dans ces circonstances aussi, écoutons ce que Jésus nous enseigne à la fin de l’évangile que nous avons entendu.
Votre Père céleste sait ce dont vous avez besoin.
Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice,
et tout cela vous sera donné par surcroît.
Inutile de nous inquiéter pour demain, Dieu nous donne de vivre ce qu’il y a à vivre, et Il nous appelle à Lui lorsque l’âme est prête au grand passage. Demandons en cette eucharistie d’à-Dieu que Louis-Marie soit accueilli dans les demeures éternelles et qu’il chante la gloire de Dieu avec tous les saints et avec tous les moines qui nous ont précédés en cette abbaye.
