Homélie·20 août 2025·0 vues·0 j'aime·0 favoris
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La spiritualité cistercienne et Saint Bernard.

Solennité de Saint Bernard, abbé

Chaque famille religieuse a ses spécificités spirituelles et ses fonctions particulières dans l’Église de Jésus-Christ. Sans être exhaustifs, mentionnons par exemple :
- Les Pères du Désert travaillaient juste assez pour gagner leur pain quotidien et cherchaient avant tout à prier sans cesse, en récitant les psaumes.
- La tradition carmélitaine a insisté sur l’oraison silencieuse et la recherche de l’union à Dieu décrite par sainte Thérèse d’Avila dans le Château intérieur.
- Saint Ignace a développé les exercices spirituels qui doivent aider à trouver la volonté de Dieu dans les décisions importantes à prendre dans sa vie.
- Saint Benoît proposa aux moines de trouver un équilibre entre la prière des Offices, le travail manuel et la vie fraternelle en communauté.

Les fondateurs de Cîteaux souhaitaient revenir au charisme propre de la Règle de Saint Benoît, en mettant à nouveau l’accent sur le retrait du monde et le travail manuel. Saint Bernard est celui qui a donné corps et ses lettres de noblesse à une spiritualité proprement cistercienne, puisqu’il fut le premier de nos Pères à mettre par écrit son expérience spirituelle. C’est ce qui explique que trop souvent on prend Saint Bernard pour le fondateur des Cisterciens.
L'œuvre la plus importante de Saint Bernard, celle qui a le plus marqué, est sans conteste son commentaire sur le Cantique des Cantiques. Ses contemporains reconnaissaient qu’il n’a pas démarré « de rien » ses réflexions. La tradition juive avait déjà expliqué le lien entre Dieu et Israël, tout comme Origène avait transposé le lien entre Dieu et l’Église. Alors qu’il était malade et partageait l’infirmerie avec Guillaume de Saint Thierry, les deux amis ont longuement discuté de ce sujet. Ils ont certainement réfléchi à l’opportunité d’appliquer la relation entre l’époux et l’épouse du Cantique, comme la relation entre Dieu et l’âme qui cherche son Dieu. Cela a mis en route le travail plus systématique de Saint Bernard, qui a conduit aux 86 Sermons que nous connaissons.

Dès les premiers sermons, Bernard explique comment il interprète le verset premier du Cantique des Cantiques :
‘Qu’il ma baise d’un baiser de sa bouche’. Qui parle ainsi ? L’épouse. Et qui est-elle ? L’âme assoiffée de Dieu… Celle qui demande un baiser, elle aime. Ce sentiment de l’amour est le plus élevé des dons naturels, surtout s’il remonte à sa source qui est Dieu. Et pour exprimer la douce affection réciproque du Verbe et de l’âme, on n’a pas trouvé des noms plus doux que ceux d’époux et d’épouse. (S.Ct. 7,2)
C’est dans ces Sermons que Saint Bernard parle le plus explicitement de sa propre expérience spirituelle. Comme Saint Paul parlant de ses visions au troisième ciel, Bernard est gêné de parler, de se mettre en avant.
Maintenant, souffrez mon indiscrétion. Je veux vous dire, parce que je vous l’ai promis, comment ces choses se passent en moi. Cela n’est pas à propos, je l’avoue, mais je me livre volontiers, pourvu que cela vous serve. Si vous en profitez, je me consolerai de mon peu de retenue, sinon j’avouerai ma folie. Je confesse, quoique ce soit pécher contre la modestie de vous le dire, que le verbe m’a aussi visité et qu’il l’a fait même plusieurs fois.

Et un peu plus loin, Saint Bernard donne quelques bribes de sn expérience :
Bien qu’il soit entré souvent en moi, je ne m’en suis pas néanmoins aperçu. J’ai senti qu’il y était, je me souviens qu’il y a été, j’ai pu même quelquefois pressentir son entrée, mais je ne l’ai jamais sentie, non plus que sa sortie. Car d’où venait-il quand il vint dans mon âme, et d’où s’en est-il allé lorsqu’il l’a quittée, par où est-il entré, ou sorti ? c’est ce que je confesse ignorer maintenant, selon cette parole : « Vous ne savez d’où il vient, ni où il va (Jn 3,8). » (S.Ct. 74)

Le fait que ce soit aujourd'hui la fête du Père Abbé, ne doit pas nous faire oublier combien nous sommes redevables de l’enseignement spirituel de Saint Bernard. On peut penser que cette expérience spirituelle n’est pas pour nous, mais seulement pour les vrais amis de Jésus. Qui sommes-nous pour juger ainsi, pour nous juger ainsi ?
Une vie monastique exemplaire ne suffit pas pour mener une vie vraiment spirituelle. On peut être ponctuel et fidèle dans tous les aspects de la vie monastique, et pourtant végéter spirituellement comme une terre sans eau. Ce désert ne peut être irrigué que par le désir de Dieu, par la recherche de sa présence, par une passion insatiable d’une intimité avec le Seigneur. Si Sainte Thérèse d’Avila décrit le château intérieur et les moyens d’y progresser, reconnaissons que Saint Bernard nous propose un autre chemin : Qu’il me baise d’un baiser de sa bouche. Laissons-nous guider par le désir et non par la raison. Dieu est Père, Il est Roi, mas Il est également, et surtout, l’Epoux de notre âme. N’ayons donc pas peur de nous approcher de Lui. N’ayons pas peur de Le prier de nous faire la grâce d’une rencontre telle celle dont Saint Bernard a témoigné.
                                                    Père Bernard-Marie