Dans toutes les cultures, dans tous les temps, on se souvient généralement des grands de ce monde, eux qui ont marqué leur époque, qui ont fait quelque chose de grand. Les petits, même si on n’imagine pas qu’ils soient insignifiants, on les oublie, on les oublie trop vite. C’est ce que nous enseigne le Livre de l’Ecclésiastique :
Faisons l’éloge des hommes illustres,
de nos ancêtres dans leur ordre de succession.
Le Seigneur a créé à profusion la gloire,
et montré sa grandeur depuis les temps anciens.
D’autres n’ont laissé aucun souvenir et ont disparu comme s’ils n’avaient pas existé.
Ils sont comme n’ayant jamais été, et de même leurs enfants après eux. (Si 44,1…9)
Dans la parabole que Jésus nous propose, le nom de l’homme illustre, celui qui fait bombance chaque jour, n’est pas connu. Et le pauvre malheureux qui gît devant la porte, Jésus nous précise qu’il s’appelle Lazare. Jésus aurait pu rajouter l’image qu’il utilisa dans la parabole dite de l’enfant prodigue, à propos du cadet qui
aurait bien voulu se nourrir de ce qui tombait de la table du riche,
mais personne ne lui donnait rien (cf. Lc 15,16).
Jésus nous montre, ici encore, que les règles sont inversées.
Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé, (Lc 14,11)
a-t-il dit en d’autres circonstances.
Le prénom que Jésus propose pour le pauvre assis devant la porte du riche, Lazare, veut dire « Dieu a aidé ». C’est bien le cœur du message de Jésus dans cette parabole. L’homme riche ne se souciait en rien de ce pauvre, et son état ne l’interpellait pas. Lazare, ne réclamait rien, il était simplement là, attendant une petite main secourable. Probablement que d’autres que le riche lui venaient en aide, mais non pas ce voisin imbu de sa puissance et de sa richesse. Il ne se souciait pas non plus du sens de sa vie, il n’avait pas entendu cette autre parabole de Jésus :
Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté…
Il se dit : " Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.”
Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie.
Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?”
Et Jésus de conclure :
Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même,
au lieu d’être riche en vue de Dieu. (Lc 12,16…21)
Le message que Jésus veut nous donner dans la parabole n’est certainement pas une critique de la richesse en tant que telle, ni un éloge de la pauvreté pour elle-même. C’est ce qu’Il rappelle dans cette conclusion énigmatique. Cherchons à être riches en vue de Dieu. La richesse n’est pas le but de la vie. La pauvreté n’est pas une punition, une pénitence. Que l’on soit riche ou pauvre, lorsque notre heure sonnera et que nous serons appelés à rencontrer Dieu dans les cieux, nous ne pourrons pas payer notre entrée avec l’argent que nous aurons amassé. Non, mais nous paierons avec l’amour que nous aurons témoigné envers chacun de ceux que nous avons rencontré sur notre route.
Rappelons-nous que tout est don de Dieu, tout est chemin de perfection, tout est chemin vers la vie éternelle, vers la vie avec Dieu. Depuis toujours et jusqu’à aujourd’hui Dieu secourt les Lazare, tous les vivants qui espèrent en lui et qui vivent sous Son regard, dans le bonheur comme dans les épreuves. Demandons à Jésus de nous guider tout au long de notre vie. Que la participation à cette Eucharistie soit pour chacun de nous comme les prémices du festin céleste où nous espérons pouvoir, nous aussi, poser notre tête sur la poitrine d’Abraham.
Père Bernard-Marie
