Homélie·24 décembre 2025·0 vues·2 j'aime·0 favoris
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La naissance d'un Sauveur

Noël, Messe de Minuit 2025

Un silence paisible enveloppait toute chose,
et la nuit était au milieu de son cours rapide.
Alors ta Parole toute-puissante, Seigneur, est venue de ton trône royal.  (Sg 18,14-15).
Ce texte guerrier est une relecture des événements de la sortie de peuple Hébreu du pays d’Égypte durant la nuit pascale. À l’exemple de la réinterprétation dont se délectent les Juifs de tous les temps, les chrétiens à leur tour ont relu les événements bibliques à la lumière de Jésus-Christ, le Fils de Dieu.
Appliqué à la nuit très sainte de Noël, ce texte justifie que nous célébrons habituellement la naissance de Jésus au milieu de la nuit. C’est vraiment La Parole toute-puissante de Dieu qui est descendue jusqu’à nous. Cette Parole, c’est Jésus lui-même, c’est Jésus enfant, c’est le Nouveau-Né, Jésus le Fils de Dieu. Partant du secret le plus intime du Père, la Parole est descendue dans le sein de la Vierge Mère. Elle est descendue de son trône royal, pour nous inviter à monter auprès du Père. Elle s’est abaissée pour nous diviniser. Elle naquit d’une pauvre femme, reléguée dans une pauvre grotte, pour nous enrichir. La Parole éternelle qui a créé toutes choses, s’est faite humble créature, petit bébé ne pouvant pas se suffire à lui-même, pour nous dire de grandes choses…
Le Dieu tout puissant s’est fait petit d’homme pour faire de nous des dieux. Mais il ne prit pas le chemin le plus facile… Naissant dans une famille pauvre, déposé dans une mangeoire dans une bergerie faute de pouvoir payer sa chambre à l’auberge, Il se fit reconnaître par des bergers qui paissaient leurs troupeaux non loin de là. Les bergers vinrent adorer le nouveau-né, puis s’en retournèrent à leurs travaux. Et personne n’en sut quoi que ce soit. Les anges avaient bien pu chanter gloire à Dieu au plus haut des cieux, personne ne s’en souviendra.
Les mages venus d’Orient arrivant à Jérusalem mirent la ville sens dessus-dessous lorsqu’ils demandèrent à offrir leurs cadeaux au roi qui venait de naître. Mais personne ne prit ces mages vraiment au sérieux, et personne ne les suivit pour découvrir avec eux celui que le Peuple attendait, le descendant de David qui allait sauver la nation. Une fois retournés dans leur pays, personne ne se souvint de ces mages. Et le roi Hérode fit tout pour qu’on oublie leur visite et la naissance de cet hypothétique successeur qui risquait de le faire tomber de son trône.
Pour être entendue à sa juste valeur, la Parole éternelle devait faire ce chemin que personne ne comprit à l’époque, et que tant de personnes ne comprennent toujours pas aujourd'hui. Dieu ne vient pas avec puissance, car ce n’est pas la crainte qui doit motiver notre adhésion à cette Parole, mais l’amour. Nous sommes invités à répondre à la Parole par des actes libres, des actes de réponse filiale à cette petite voix qui parle en ce petit enfant : je t’aime, veux-tu m’aimer ?
C’est la raison pour laquelle la naissance de ce petit d’homme a tellement d’importance pour nous, et est célébrée avec autant de solennité. La naissance de Jésus a ouvert une nouvelle ère dans le monde. La venue parmi nous du Fils de Dieu change complètement le sens même de notre vie.
Saint Paul affirmait cela dans ce texte d’une rare densité :
Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu,
ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
Il s’est abaissé, devenant semblable aux hommes… (Ph 2,5…7)
Dès les deuxième et troisième siècles, les Pères de l’Église ont affirmé que
Dieu s’est fait homme afin que l’homme devînt Dieu
 (Saint Irénée, Saint Ambroise, Saint Augustin, et tant d’autres après eux)
Ils tiraient ainsi les conséquences de la kénose de Jésus : Il a voulu faire de nous des fils de Dieu, cohéritiers avec Lui. Il a voulu nous diviniser. Nous sommes appelés à la vie éternelle avec Jésus et tous les saints. Voilà le grand mystère que nous célébrons dans cette naissance insignifiante aux yeux des hommes, mais tellement grande aux yeux de Dieu et des anges.
Les grands de ce monde n’ont rien vu, n’ont rien compris. Seuls les bergers ont accouru. Soyons comme les bergers, et proclamons que ce petit enfant va sauver le monde, ce petit enfant est le Sauveur du monde. C’est pourquoi on proclame avec le prophète Isaïe, mais avec un sens encore plus grand :
Un petit enfant nous est né à Bethlehem,
on l’appellera Conseiller Merveilleux, Dieu Fort, Prince de la Paix.
Telle est la joie profonde de la fête de Noël. Par cette naissance la porte du ciel nous est à nouveau ouverte. À nous de vivre selon la Parole faite chair pour être ensuite appelés à rejoindre le Christ Jésus dans les cieux pour toujours.
                         Père Bernard-Marie