Homélie·25 janvier 2026·0 vues·0 j'aime·0 favoris
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Se mettre à la suite de Jésus

Troisième Dimanche du Temps, 2026

Nous n’en finissons pas, frères et sœurs, de célébrer l’Épiphanie, qui est la « manifestation » du Seigneur. Nous revenions dimanche dernier, avec saint Jean, sur le baptême du Seigneur, invités avec Jean Baptiste à « connaître » davantage celui qui baptise dans l’Esprit Saint : « Et moi, je ne le connaissais pas… » (Jn 1, 31.33). Le cycle de la Nativité est achevé, mais, dans l’attente du Carême, nous nous attardons dans ses prolongements, ce qui sera le cas encore dans huit jours pour la fête de la Présentation du Seigneur au Temple.
Ce troisième dimanche ordinaire, nous venons d’entendre une nouvelle fois le texte du prophète Isaïe qui a été lu à la messe de minuit à Noël : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » (Is 9, 1). C’est bien ce que nous apporte la naissance du Sauveur, qui est la Lumière du monde. Les mages comme les bergers l’ont vue, cette lumière, annoncée par le chœur des anges et déjà rayonnante par la progression de l’étoile vers l’humble crèche. Il s’ensuit une grande joie : « Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse ; ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson » (9, 2).
Le passage de l’Évangile de Matthieu que nous avons aussi entendu reprend ces paroles du prophète Isaïe, pour illustrer cette fois le début de la prédication de Jésus, Lumière qui se lève sur le monde : « À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : “Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche” » (Mt 4, 17).
Entre la première et la deuxième lecture, le Psaume 26 nous a fait chanter : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ? » Et nous avançons joyeux à la suite du Seigneur qui illumine nos chemins vers son royaume, comme il l’a fait pour les premiers Apôtres Pierre et André son frère, puis Jacques et son frère Jean. Les Apôtres ont suivi Jésus immédiatement et lui ont été fidèles jusqu’à la Pentecôte et au-delà, avec leurs limites, mais c’est le Saint-Esprit qui leur a donné de partir en mission dans le monde entier, comme « pêcheurs d’hommes ».
Il y a plusieurs façons de se mettre à la suite de Jésus, de répondre à son appel très personnel : « Venez à ma suite ! », « Toi, suis-moi ! ». La vocation apostolique est première pour partir « proclamer l’Évangile du Royaume, guérir tout maladie et toute infirmité dans le peuple » : Jésus continue à inviter des jeunes à le suivre de plus près pour la mission, mais nous sommes tous appelés à devenir des « disciples-missionnaires » comme aimait le redire le pape François ; à la fin de son pontificat, il ajoutait un adjectif, nous demandant de devenir des « disciples-missionnaires amoureux » !
En complémentarité avec la vocation apostolique, l’appel à la vie consacrée, qui sera célébrée ici même le 2 février pour le diocèse de Lille, est aussi une sequela Christ, une urgence à se mettre à la suite du Christ de différentes manières : auprès des pauvres, des personnes âgées, auprès de jeunes dans l’enseignement et la formation, etc. Jésus appelle aussi à le suivre dans sa vie cachée auprès de son Père ; pendant sa vie publique, il allait passer du temps près de lui dans la solitude de très bon matin, comme il l’avait fait pendant une trentaine d’année dans sa vie très simple à Nazareth : un mystère qui s’est révélé, entre autres, quand, à 12 ans, Jésus est resté dans le Temple de Jérusalem, « chez son Père ».
Les moines sont appelés à suivre Jésus dans cette vie d’intimité avec le Père, qui nous fait « demeurer » comme lui-même dans une relation d’amour constante avec son Père, pour entrer de plus en plus profondément dans leur mystère d’unicité et d’unité. Les moines, jour après jour, nuit après nuit, font leur la grande prière d’intercession de Jésus à son Père que l’Évangile selon saint Jean nous rapporte : « Père, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage, pour qu’ils soient un comme nous-mêmes » (Jn 17, 11).
Toute cette semaine, nous nous sommes retrouvés dans notre héritage de moines vivant selon la Règle de saint Benoît. Demain, ce sera le grand anniversaire de la fondation de cette Abbaye Sainte-Marie du Mont-des-Cats voici 200 ans jour pour jour. C’était le 26 janvier 1826, en la fête des saints Abbés de Cîteaux, Robert, Albéric et Étienne, qui voulaient retrouver la pleine fidélité à la Règle. Ces huit jours étaient le prélude priant à cet acte important de mémoire dans l’action de grâce.
Reprenant les termes de la Règle, nous nous sommes établis sur le fondement de la maxime trois fois reprise par saint Benoît : « Ne rien préférer à l’amour du Christ », qui nous a appelés à vivre en communauté, en famille, sous une Règle et un Abbé, dans une spiritualité marquée par l’obéissance, le silence et l’humilité, vertus qui sont d’abord celles de Jésus dans sa vie, dans son Mystère pascal, vertus qui sont aussi celles de sa Mère, Notre-Dame du Mont-des-Cats. La messe conventuelle est au centre de notre vie, que la liturgie des Heures entoure d’un halo de louange ; nos longs silences aimants intériorisent ces moments, que la Parole de Dieu nourrit doucement.
C’est ainsi que nous pouvons aborder bientôt les 200 ans qui viendront et au-delà, dans la fidélité à Jésus, « le mieux aimé », devenus disciples en la sagesse de sa Croix, porteurs de beaux fruits en abondance dans l’inconnu de la communion des saints, dans l’inconnu de l’avenir, mais dans l’espérance vive. Comme l’écrivait le saint Cardinal Newman à propos des anciens moines :
« La vie monastique réclame le summa quies, la paix la plus parfaite dans la suppression de tout besoin que l’on puisse aussitôt satisfaire, dans l’absence de tout espoir comme de toute crainte ici-bas ; dans la prière, le pain et le travail de chaque jour, chaque jour étant l’exacte répétition de celui qui précède, sauf que l’on y avance d’un pas vers ce grand Jour qui absorbera tous les autres, le jour de l’éternel repos, vers la vision de l’éternité. »
     Monseigneur Robert Le Gall, abbé émérite de Kergonan, archevêque émérite de Toulouse
     qui nous a prêché la retraite d'ouverture de notre année Jubilaire pour les 2300 ans de présence Trappiste sur le Mont des Cats.