Avant la fête de la Pâque,
sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père,
Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout.
Jésus a fait beaucoup de signes, il a posé beaucoup d’actes, dans le but d’authentifier son action, mais surtout d’authentifier sa relation avec Dieu son Père. Les disciples n’ont rien compris. Et plus particulièrement Pierre, le premier des apôtres, mais aussi celui qui, trop souvent, est intervenu contre les paroles et les actes de son maître.
Avec son caractère un peu soupe-au-lait, Pierre croyait trop souvent se connaître, et savoir mieux qui quiconque, ce qui était bon pour Jésus. Rappelons-nous simplement, les sorties de Pierre en rapport à la passion future de Jésus. Lorsque Jésus demande aux disciples : « pour vous, qui suis-je », Pierre répond convaincu : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Et, lorsqu’ensuite Jésus annonce sa passion, Pierre tout aussi convaincu répond : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » (Mt 16,20)
Nous avons le même type de réponses dans l’évangile de ce soir, et dans les récits de la Passion. Lorsque Jésus arrive à Pierre pour lui laver les pieds, Pierre répond effrayé : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Et, dans la suite de ce chapitre de l’Évangile selon Saint Jean, Pierre affirme haut et fort : « Je donnerai ma vie pour toi ! », à quoi Jésus répond, avec un brin de déception : « le coq ne chantera pas avant que tu m’aies renié trois fois. »
On pourrait ajouter, dans la Passion selon Saint Jean que nous entendrons demain, comment Simon-Pierre dégaine son épée et blesse le serviteur du grand prêtre. Jésus dit à Pierre : « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? »
Jésus avait toutes les raisons de se demander comment les disciples allaient transmettre son héritage, alors que Pierre lui-même, à qui il avait donné les clés du Royaume, était tellement imprévisible. Mais malgré cela, Jésus alla de l’avant. Il fit ce qu’il avait à faire, il donna les messages ultimes avant de les quitter. C’est pourquoi il explique son geste par ces paroles :
Vous m'appelez 'Maître' et 'Seigneur',
et vous avez raison, car vraiment je le suis…
C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi,
comme j'ai fait pour vous.
Devant l’incompréhension, on oserait presque dire l’incompétence des disciples, Jésus va son chemin, sachant qu’il est en totale harmonie avec son Père. Il obéit à son Père et il sait qu’il est sur le chemin pour lequel Il s’est fait homme.
Dans notre vie quotidienne, demandons au Seigneur de nous éclairer, et de ne pas nous rebiffer si l’on nous demande des choses que nous ne comprenons pas. Mettons-nous humblement au service de nos frères, de nos proches, de notre communauté, confiants que Dieu donne la lumière nécessaire à chacun pour avancer. Dieu ne nous abandonnera pas, Il éclairera au jour le jour le chemin qu’il nous demande de suivre.
Malgré les lourds nuages qui s’amoncelaient au-dessus de sa tête, Jésus n’a pas changé de cap. Il a avancé, confiants en Dieu son Père. C’est par son obéissance aveugle que la Pâque de l’Ancien Testament est restaurée dans sa vraie réalité. Le repas pascal est devenu notre repas eucharistique, la mort de Jésus a ouvert pour nous les eaux de la Mer des Roseaux pour nous faire entrer dans la Terre Promise, dans notre éternité.
Entrons ce soir dans le Triduum Pascal de Jésus. Accompagnons Jésus dans sa passion et sa mort, pour le retrouver vivant dans la nuit pascale.
Père Bernard-Marie
