Lorsque les gardes, envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, disent à Jésus : nous cherchons Jésus le Nazaréen, et que Jésus répond : C’est moi, je Suis, ils reculèrent et tombèrent à terre. Il s’agit, selon certains commentateurs, d’un acte d’adoration : Je Suis, dit Jésus, Je suis Dieu ; et les hommes adorent face contre terre.
Jésus est ensuite emmené comme un malfaiteur.
Lorsque les Juifs présentent Jésus à Pilate, ils ont déjà décidé sa mort, mais doivent trouver comment convaincre Pilate qui, seul, a pouvoir de vie et de mort. Pilate comprend bien que les Juifs agissent par jalousie. Toute la séquence entre Pilate et Jésus tourne autour de la royauté. Qui est le vrai roi, qui a autorité, qui ? Pilate affirme son autorité sur terre, Jésus lui répond : Ma royauté n’est pas de ce monde. Et la question de Pilate qui resta sans réponse : qu'est-ce que la vérité ?
Pilate s’est montré particulièrement dépendant de la foule qui criait à mort, à mort. Malgré le fait qu’il n’a trouvé aucune raison de condamner Jésus, il l’a condamné et a accordé sa grâce à un autre homme. Par l’ironie de la situation, Barabbas – en Hébreu fils du père – est le prénom de ce malfaiteur, reprenant en négatif le nom que Jésus se donnait à lui-même : je suis le Fils du Père. Mais il s’agit de deux fils différents, et aussi de deux pères différents. Barabbas est un meurtrier, dont personne ne pleure la mort, Jésus est Dieu, et tous nous pleurons sa mort.
Après l’avoir fait flageller, et après que Jésus eut été humilié par la soldatesque, Pilate le présente à la foule, en disant : Voici l’homme. Oui, Jésus est l’Homme, l’homme par excellence, l’homme parfait. Mais la foule crie de plus belle crucifie-le, crucifie-le. Et, à la question de Pilate, la foule répond : Nous n’avons d’autre roi que l’empereur. C’est un reniement complet de la relation privilégiée que le Seigneur Dieu avait nouée avec le Peuple Elu. Et Jésus, le Roi des rois et Seigneur des Seigneurs prend lui-même sa croix pour aller jusqu’au bout du supplice, jusqu’au Golgotha, jusqu’à la mort en croix.
Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs. Pilate a eu raison de ne pas modifier l’écriteau pour préciser cet homme a dit : je suis le roi des Juifs, car c’eût été une demi-vérité. C’est bien parce qu’il est le nouveau roi des Juifs, et pas seulement des Juifs mais du monde entier, que Jésus a été mis à mort.
Jésus, en croix, agit encore comme roi, pour transmettre son héritage. C’est pourquoi il s’adresse successivement à sa mère et au disciple qu’il aimait pour dire : Femme, voici ton fils, et Voici ta mère. Puis, après avoir pris le vinaigre et prononcé Tout est accompli, inclinant la tête, il remit l’Esprit.
Saint Jean est très discret sur les derniers moments de Jésus, sur les phénomènes extraordinaires que rapportent les autres Récits de la Passion. Joseph d’Arimathie et Nicodème assurent la sépulture de leur maître, et l’histoire s’arrête ici. Dans la pénombre du jour déclinant.
Tous ceux qui voulaient la mort de Jésus furent rassurés, pas de miracle tonitruant, pas de résurrection… Jésus, l’homme de bien, était vraiment mort et enseveli. Mais le Fils de Dieu n’a pas dit son dernier mot. C’est pourquoi nous célébrerons sa résurrection et l’entrée dans une vie nouvelle dans la nuit de Pâques. Mais pour le moment, accompagnons Jésus au tombeau et pleurons cette mort injuste, mais qui nous ouvrira les portes de la vie éternelle.
Père Bernard-Marie
